Questions à... Maurizio Costa , Vice-président du groupe Mondadori, qui vient d'acquérir Emap France pour 545 millions d'euros
« Emap et Mondadori ont la même culture latine »
Le Point : Silvio Berlusconi a quitté la France, après l'échec de La Cinq, en très mauvais termes avec Hachette-Lagardère. Le voilà qui revient, via Mondadori, défier Hachette sur le terrain de la presse. Est-ce le match retour ?
Maurizio Costa : Nous avons un grand respect pour le groupe Hachette, qui est un très bon compétiteur. Hachette est d'ailleurs présent en Italie, en partenariat avec Rusconi. Pas d'esprit de revanche, l'important, c'est que chacun fasse son métier d'éditeur pour améliorer l'offre de presse magazine en France et en Italie.
Berlusconi n'a pas bonne presse en France... Est-ce un handicap pour Mondadori ?
Merci de m'offrir l'occasion d'une mise au point : Silvio Berlusconi n'a pas de rôle opérationnel dans Mondadori. Il est le premier actionnaire via son holding familial, la Fininvest, avec 50,2 % du capital. Mais la Mondadori, vieille d'un siècle, est aussi une entreprise cotée en Bourse qui compte 50 % d'investisseurs américains, anglais et français. Mon travail consiste à satisfaire l'ensemble de ces actionnaires, et pas seulement Silvio Berlusconi.
Quelle est votre ambition pour Emap France ?
Emap France et Mondadori partagent une même expertise des magazines de mode, de design, de gastronomie, bref, tout ce qui fait l'art de vivre des pays latins. Et nous pensons qu'autour de cette culture latine très cohérente entre ces deux groupes des passerelles peuvent s'établir. Des magazines d'Emap peuvent être importés en Italie et des magazines de Mondadori peuvent traverser les Alpes.
Mais avec 50 magazines et 38 % de part de marché, vous possédez déjà tous les styles de magazine en Italie...
Non, par exemple, Top San-té, Pleine Vie ou encore Auto Plus ainsi que des féminins chez Emap sont très intéressants. Dans l'autre sens, nous étudions l'importation de Grazia, qui est un hebdomadaire féminin haut de gamme [NDLR : à comparer avec Vanity Fair ou Vogue].
Pas de projet d'une adaptation française de Panorama, votre hebdo phare ?
Il n'est pas possible d'exporter d'un pays à l'autre la presse d'actualité. Les seuls journaux qui s'exportent sont le Wall Street Journal et le Financial Times, parce que leur thématique traverse les continents. Les seuls journaux que nous exporterons ont trait aux modes de vie communs à tous les pays, à savoir la santé, le fitness, les cosmétiques, la mode, l'automobile...
Les quotidiens français, comme Libération, vont mal. Ils ont besoin d'argent. Mondadori investira-t-elle en France ?
Non, parce que l'actualité au quotidien n'est pas dans la culture du groupe. Et si nous devions nous lancer dans ce nouveau métier, nous commencerions par l'Italie, le marché que nous connaissons le mieux, avant de tenter la moindre expérience étrangère. Donc, ni quotidien, ni radio, ni télé en France.
Histoire de chasser tout malentendu : êtes-vous membre de Forza Italia ?
Absolument pas ! (Rires...) Je suis seulement mandaté par tous les actionnaires pour apporter de bons résultats
Le point 06/07/06 - N°1764 - Emmanuel Berretta


